Nous avons tous, quelque part dans notre mémoire d'enfant, le souvenir de ces lunettes en carton — une lentille rouge, une lentille cyan — et de la magie qui s'opérait quand le monde plat d'une image se mettait soudain à vivre en profondeur.

C'est depuis ce souvenir, peut-être partagé, que ce projet est né.
Munie d'un fauteuil de bulles gonflable et de deux appareils photographiques légèrement décalés l'un par rapport à l'autre, je me suis promenée dans la commune urbaine de Thônex, à Genève, à la rencontre de ses habitants. Ce léger décalage entre les deux objectifs reproduit le principe même de notre vision binoculaire : deux points de vue presque identiques, mais pas tout à fait, dont le cerveau tire une sensation de relief.Les deux images capturées sont ensuite fusionnées en deux couches de couleur — cyan et rouge — pour donner naissance à des anaglyphes.

Munis des lunettes en carton les spectateurs ont pu alors traverser ces portraits et retrouver cette sensation d'enfance : la surface qui s'ouvre, la profondeur qui apparaît, le plat qui devient vivant. Le fauteuil de bulles, objet doux et légèrement absurde, a joué le rôle d'invitation. Il a créé une pause dans le quotidien, un espace de fantaisie suffisant pour que les gens s'arrêtent, s'assoient, et se laissent photographier — offrant ainsi un fragment de leur présence à cette archive poétique d'un quartier.

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